Lorsqu’on pense au coaching, on imagine souvent une conversation centrée sur les pensées, les objectifs, les solutions ou les prises de décision.
Dans mon approche de gestaltiste, je travaille aussi à partir de ce qui se passe ici et maintenant dans la séance : les mouvements du corps, les émotions qui émergent, les silences, ou encore la manière dont une personne entre en relation avec moi.
En Gestalt, nous considérons que nous exprimons bien plus que ce que nous disons avec des mots.
Le corps, les postures, les tensions, les gestes, les hésitations… racontent souvent quelque chose de notre manière d’être au monde.
Voici un exemple simple, issu d’un accompagnement en coaching, qui illustre cette manière de travailler.
Une difficulté à prendre sa place
J’accompagne un manager et nous travaillons sur la confiance soi et sur sa capacité à exprimer ses besoins dans son environnement professionnel.
Au cours de la seconde séance, il me parle d’une situation dans laquelle il n’a pas réussi à dire ce qu’il voulait réellement. Il explique qu’il ne s’est pas senti entendu et que sa demande n’a pas été prise en compte.
Pendant qu’il raconte cette scène, j’observe quelque chose : alors qu’au début de l’échange ses pieds étaient posés à plat sur le sol, il se met progressivement sur la pointe des pieds.
En Gestalt, nous utilisons ce que l’on appelle la phénoménologie : il s’agit de décrire simplement ce que l’on observe, sans interpréter ce que cela pourrait signifier.
Je lui dis alors :
« Je remarque que pendant que vous me parlez de cette situation, vous êtes sur la pointe des pieds. »
Utiliser ce qui se passe dans l’instant
Cette observation ouvre quelque chose.
Mon client repose alors ses pieds à plat sur le sol. Je l’invite à explorer la différence entre ces deux positions. Il revient sur la pointe des pieds et me dit :
« Sur la pointe des pieds, je ne suis pas stable. Je ne me sens pas à l’aise. »
Je lui propose de poser ses pieds bien à plat au sol.
« Là, je me sens ancré. »
Je l’invite alors à se lever. Avec ses pieds bien appuyés au sol, il peut se redresser facilement, sentir sa stabilité et son ancrage et il l’exprime.
L’émotion comme indicateur
À ce moment de la séance, alors qu’il est debout, bien ancré sur ses deux pieds, une émotion apparaît.
Ses yeux deviennent humides.
Je le lui partage simplement : « Je vois que vos yeux sont mouillés. »
Il me répond qu’il ne sait pas vraiment pourquoi il est ému.
Souvent, lorsqu’une personne qui a peu l’habitude d’être soutenue découvre — même brièvement — la sensation d’un appui possible, cela peut venir toucher quelque chose de profond.
Le corps comme accès à l’expérience
À partir de cette expérience corporelle très simple, quelque chose devient plus clair pour lui. Il réalise que, dans la situation dont il me parlait, cette demande qu’il n’avait pas réussi à faire entendre était en réalité une demande de soutien.
Il prend conscience de quelque chose d’important : sa difficulté à demander de l’aide et à s’appuyer sur les autres.
Ce qui était difficile à exprimer avec des mots — et peut-être même difficile à penser clairement — apparaît alors à travers le corps.
Le manque d’appui se manifeste physiquement.
Être sur la pointe des pieds devient une manière très concrète d’expérimenter l’instabilité, la difficulté à se soutenir soi-même, mais aussi le besoin de soutien.
C’est ainsi que je travaille en séance : utiliser ce qui se vit ici et maintenant pour éclairer ce que la personne traverse dans sa vie.
À partir de ce constat, le travail pourra alors porter sur la manière dont il pourrait, progressivement, apprendre à demander du soutien lorsqu’il en a besoin.
Une approche globale de la personne
Cet exemple ne résume évidemment pas toute la richesse de la Gestalt, mais il montre ce qui est au cœur de ma manière d’accompagner : ne pas travailler uniquement à partir du mental ou de l’analyse cognitive, mais aussi à partir du corps, des émotions, de la relation et de ce qui se vit dans la séance.
Dans cette approche, le changement ne vient pas seulement d’une compréhension intellectuelle.
Il émerge souvent lorsqu’une personne peut vivre une expérience nouvelle, plus consciente, plus incarnée, et retrouver un contact plus juste avec elle-même.